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GEO / IA

ChatGPT a-t-il remplacé Google ? Ce que disent vraiment les chiffres en 2026

12 %, moins de 1 %, 41 % : les chiffres sur la part de l'IA dans la recherche se contredisent parce qu'ils ne mesurent pas la même chose. La fourchette honnête, et ce qui change vraiment pour une TPE.

Portrait de Edwyn Hôo Edwyn Hôo Expert SEO & SEA

· 8 min de lecture

Depuis un an, on nous pose la même question en rendez-vous : « Est-ce que ça sert encore à quelque chose d’être visible sur Google, maintenant que tout le monde demande à ChatGPT ? » La question est légitime. Le problème, c’est que les réponses disponibles sur le web vont dans tous les sens. Selon l’article qu’on lit, l’IA représenterait 12 % de la recherche, ou moins de 1 %, ou encore 41 % des usages. Ces chiffres ne sont pas faux. Ils ne mesurent simplement pas la même chose. Voici comment les lire, et ce que ça change concrètement pour une entreprise de l’Essonne qui veut être trouvée par ses clients.

Pourquoi les chiffres se contredisent : trois façons de compter

Quand on dit « part de l’IA dans la recherche », on peut parler de trois réalités très différentes.

On peut compter le nombre de questions posées : combien de prompts partent vers ChatGPT, comparés au nombre de recherches lancées sur Google. C’est la mesure la plus flatteuse pour l’IA.

On peut compter le temps passé ou l’activité réelle : sur l’ensemble de ce qu’un internaute fait dans son navigateur, quelle fraction se déroule sur un outil d’IA. Cette mesure donne des chiffres bien plus modestes.

On peut enfin compter le trafic envoyé aux sites : sur 100 visites qui arrivent chez vous via un tiers, combien viennent d’un moteur, d’un réseau social, d’un chatbot. C’est la mesure qui intéresse directement un dirigeant, parce que c’est elle qui se transforme en appels et en devis.

Un seul usage peut donc être compté comme « une recherche de plus pour l’IA » et comme « zéro visite envoyée à un site ». D’où les écarts.

La borne haute : près de 12 % du volume de Google, mais 190 fois moins de trafic

Le chiffre le plus repris vient d’Ahrefs, publié le 11 février 2026. Le raisonnement est le suivant : ChatGPT traite environ 2,5 milliards de prompts par jour. Tous ne sont pas des recherches — on lui fait aussi écrire des e-mails, corriger du code, résumer des documents. En retenant la part assimilable à une recherche, environ 65 %, on obtient 1,6 milliard de requêtes par jour, à comparer aux 13,7 milliards de recherches quotidiennes sur Google. Soit 11,9 %.

C’est la borne haute, et elle est réelle. Mais la même étude donne l’autre moitié du tableau : sur les visites référées aux sites web, Google en apporte 39,98 % contre 0,21 % pour ChatGPT. Autrement dit, Google envoie environ 190 fois plus de trafic aux sites. Les 12 % mesurent un volume de questions, pas une part de visiteurs. Confondre les deux est l’erreur la plus fréquente dans les articles alarmistes.

La borne basse : moins de 1 % de l’activité mesurée

À l’autre extrémité, on trouve les mesures faites sur panel. Le rapport State of Search Q4 2025 de Datos et SparkToro, publié en février 2026, suit l’activité réelle sur ordinateur aux États-Unis. Les outils d’IA y passent de 0,42 % à 0,77 % de l’activité entre décembre 2024 et décembre 2025. C’est une progression de 50 % en un an — donc une vraie dynamique — mais sur une base minuscule. Dans le même temps, la recherche classique reste stable autour de 10 % de l’activité, et 95 % des Américains utilisent un moteur chaque mois.

Même constat en élargissant le périmètre. Une analyse SparkToro du 3 mars 2026 a examiné 41 sites sur lesquels les internautes « cherchent » quelque chose : Google, Amazon, YouTube, Bing, ChatGPT, etc. Google y pèse 73,7 %, en recul de 3,5 points sur 2025, et les outils d’IA 3,2 %. Point important : la recherche se fragmente, mais davantage vers Amazon et YouTube que vers l’IA — et la croissance de ChatGPT est restée à plat sur 2025 dans cette mesure.

Sur le trafic effectivement envoyé aux sites, enfin, Statcounter mesurait en août 2026 en Suisse — un marché européen où les Aperçus IA de Google sont actifs depuis mars 2025 — 91,3 % pour les moteurs, 8,2 % pour les réseaux sociaux et 0,53 % pour les chatbots IA.

Les utilisateurs de ChatGPT n’ont pas quitté Google

C’est le point que la plupart des articles oublient : l’usage de l’IA s’ajoute à celui des moteurs, il ne le remplace pas.

Le rapport 2026 Generative AI Landscape de Similarweb, qui couvre juin 2025 à mai 2026, compte 3,3 milliards de visiteurs mensuels pour Google contre 655 millions pour l’ensemble des chatbots IA — en hausse de 57 % sur un an. Surtout : 95 % des utilisateurs de ChatGPT utilisent aussi Google, soit 461 millions de personnes sur 494 millions. Et la catégorie « search » a encore progressé de 2 % sur la période.

En France, l’étude Eskimoz × Ipsos de mai 2026, menée auprès de 1 000 personnes, montre la même superposition : l’usage hebdomadaire de l’IA générative est passé de 29 % à 52 % en un an. Pour s’informer, les moteurs restent cités par 74 % des répondants, l’IA générative par 20 % — contre 9 % un an plus tôt. Et l’usage quotidien des moteurs reste stable à 85 %. L’adoption de l’IA est rapide. La désertion des moteurs, elle, n’a pas eu lieu.

La prédiction qui ne s’est pas réalisée

Il faut le dire, parce que cette prévision a beaucoup circulé : le 19 février 2024, Gartner annonçait une baisse de 25 % du volume des moteurs de recherche en 2026. Deux ans plus tard, ce n’est pas ce qui s’est produit. Alphabet a annoncé au deuxième trimestre 2026 un record de requêtes et une croissance de 17 % de ses revenus Search.

Ce rappel n’est pas là pour disqualifier l’analyse prospective, mais pour inviter à la prudence : les prévisions de rupture sont systématiquement plus spectaculaires que ce qu’on observe ensuite.

Le vrai changement se passe à l’intérieur de Google

Si on cherche le déplacement réel, il n’est pas chez ChatGPT. Il est sur la page de résultats de Google.

Lors de Google I/O en mai 2026, Google annonçait 2,5 milliards d’utilisateurs mensuels pour les Aperçus IA et 1 milliard pour le Mode IA. Et une analyse SparkToro montre que, de janvier à avril 2026, 68 % des recherches Google aux États-Unis se terminent sans aucun clic, contre 49 % en 2019. À noter : seulement 0,34 % des recherches basculent vers le Mode IA. Ce n’est donc pas le Mode IA qui absorbe les clics, mais l’enrichissement progressif de la page de résultats classique.

Pour un dirigeant, la conséquence est claire : la menace n’est pas que vos clients aillent ailleurs, c’est qu’ils trouvent leur réponse sans jamais arriver sur votre site. Le combat se joue sur la visibilité dans la réponse elle-même — ce qu’on appelle désormais le référencement dans les moteurs génératifs — autant que sur le clic.

Alors, quelle fourchette retenir ?

Selon la façon de compter, la part de l’IA dans la recherche se situe entre 0,5 % et 12 %. Ce n’est pas une imprécision de notre part : c’est l’écart réel entre « part du volume de questions » et « part de l’activité ou du trafic mesuré ».

Pour les recherches qui vous concernent le plus — celles où quelqu’un cherche un prestataire, un artisan, un cabinet — notre étude de septembre 2026, appuyée sur 35 sources datées, aboutit à un rapport d’environ 90 à 95 % Google pour 5 à 10 % IA. Ce qui veut dire deux choses à la fois : votre référencement naturel reste de très loin le premier levier d’acquisition, et il serait imprudent d’ignorer les 5 à 10 % restants, qui progressent.

Ce qu’on retient

  • Les chiffres contradictoires mesurent des choses différentes. 12 % (Ahrefs) est une part du volume de questions ; 0,77 % (Datos × SparkToro) une part d’activité réelle ; 0,53 % (Statcounter, Suisse) une part de trafic envoyé aux sites. Avant de réagir à un chiffre, vérifiez ce qu’il compte.
  • L’IA s’ajoute aux moteurs, elle ne les remplace pas. 95 % des utilisateurs de ChatGPT utilisent aussi Google (Similarweb), et l’usage quotidien des moteurs reste stable à 85 % en France (Eskimoz × Ipsos).
  • La rupture annoncée n’a pas eu lieu. Les −25 % prédits par Gartner pour 2026 se sont soldés par un record de requêtes et +17 % de revenus Search chez Alphabet.
  • Le vrai déplacement est interne à Google : 68 % des recherches américaines se terminent sans clic début 2026, contre 49 % en 2019. L’enjeu se déplace du clic vers la présence dans la réponse.
  • La bonne posture est l’ajustement, pas la bascule. Sur les recherches de type « trouver un prestataire », le rapport est d’environ 90–95 % Google / 5–10 % IA : on continue d’investir là où sont les clients, tout en travaillant la lisibilité de son site pour les réponses générées.
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